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Noël à Greccio

Vie du Bienheureux François de Thomas de Celano, chapitre 30

La crèche qu’il fit le jour de Noël

Son dessin le plus haut, son désir principal, son projet suprême était d’observer en tout et à travers tout le saint Évangile, de suivre parfaitement de toute sa vigilance, de tout son effort, de tout le désir de son esprit, de toute la ferveur de son cœur l’enseignement de notre Seigneur Jésus Christ et d’imiter ses pas.
Par une méditation incessante, il se souvenait de ses paroles ; par une très pénétrante contemplation, il se rappelait ses actions.
En particulier l’humilité de l’Incarnation et la charité de la Passion occupaient à tel point sa mémoire qu’il voulait à peine penser à autre chose.
Aussi doit-on rappeler et honorer par une mémoire révérende ce qu’il fit, la troisième année avant le jour de sa mort glorieuse, au bourg fortifié qu’on appelle Greccio le jour de la nativité de notre Seigneur Jésus Christ. I
Il y avait dans le pays un homme du nom de Jean, de bonne réputation, mais d’une vie meilleure encore. Le bienheureux François le chérissait d’un amour particulier car, alors que dans son pays il était noble et honorable au plus haut point, il avait foulé la noblesse de la chair pour suivre la noblesse de l’esprit.

Le bienheureux François, comme il faisait souvent, le fit appeler à lui environ quinze jours avant la nativité du Seigneur et lui dit :
«  si tu désires que nous célébrions la présente fête du Seigneur à Greccio, dépêche-toi de t’y rendre à l’avance et ce que je te dis, prépare-le soigneusement.
Car je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, autant que possible de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d’enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d’un bœuf et d’un âne, il a été posé sur le foin. »
Entendant cela, l’homme bon et fidèle courut bien vite et prépara en ce lieu tout ce que le saint avait dit.

 

Le jour de l’allégresse approcha, le temps de l’exultation advint.
Les frères furent convoqués de plusieurs lieux : les hommes et les femmes de ce pays, chacun comme il le peut, préparent en exultant des cierges et des torches pour illuminer la nuit, elle  qui a illuminé tous les jours et toutes les années de son astre scintillant.
Enfin vint le saint de Dieu et, trouvant tout préparé, il vit et fut en joie.


De fait, on prépare une crèche, on apporte du foin, on conduit un bœuf et un âne.
Là est honorée la simplicité, exaltée la pauvreté, louée l’humilité et l’on fait de Greccio comme une nouvelle Bethléem.
La nuit s’illumine comme le jour et elle fut délicieuse aux hommes ainsi qu’aux animaux.
Arrive la population et, devant ce nouveau mystère, elle se réjouit de joies nouvelles.
La forêt retentit de voix et les roches répondent aux cris de jubilation.
Les frères chantent, s’acquittent de louanges dues au Seigneur et toute la nuit résonne de jubilation.
Le saint de Dieu se tient devant la crèche, plein de soupirs, contrit de pitié et inondé d’une joie étonnante.
On célèbre la solennité de la messe sur la crèche et le prêtre jouit d’une consolation nouvelle.

 

Le saint de Dieu se vêt des ornements du lévite, car il était lévite, et chante d’une voix sonore le saint Évangile.
Sa voix était certes une voix forte, une voix douce, une voix claire, une vois sonore, qui invita toute l’assistance aux récompenses suprêmes.
Il prêche ensuite au peuple se tenant alentour et profère des paroles douces comme miel sur la naissance du pauvre roi et sur la pauvre cité de Bethléem.
Souvent aussi, alors qu’il voulait nommer le Christ « Jésus », brûlant d’un amour excessif, il l’appelait « l’enfant de Bethléem » et en disant « Bethléem » à la façon d’une brebis bêlante, il emplissait toute sa bouche du mot, mais plus encore d’un sentiment de douceur.
Même ses lèvres, quand il nommait « l’enfant de Bethléem » ou « Jésus », il les léchait de la langue, goûtant sur son heureux palais et déglutissant la douceur de ce mot.

Là se multiplient les dons du Tout-Puissant et un homme de vertu aperçoit une vision étonnante.
Il voyait dans la crèche un petit enfant gisant inanimé dont semblait s’approcher le saint de Dieu ; et il paraissait éveillé cet enfant comme de la torpeur du sommeil.

Cette vision n’est pas hors de propos, puisque l’Enfant Jésus, dans le cœur de beaucoup, a été livré à l’oubli et que chez les mêmes personnes, sous l’action de grâce, il est ressuscité à travers son serviteur saint François et s’est imprimé dans une mémoire attentive.

Enfin s’achèvent les vigiles sacrées et chacun rentra joyeusement chez lui.

Traduction Jacques Dalarun .

François d’Assise Écrits, Vies  Témoignages. Edition du VIIIème centenaire 

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